Chroniques littéraires·Les articles d'Alex

Oh la vache de David Duchovny

9782246857433-001-X_0Vous connaissez Emma Bovary ? Voici sa cousine américaine, une adorable petite vache au destin tout aussi romanesque. Pour Elsie Bovary, le bonheur a toujours été dans le pré – jusqu’au jour où elle comprend qu’elle est vouée à finir en steak haché. Flanquée de deux complices, Shlomo le cochon converti au judaïsme et Tom le dindon qui voulait voir Istanbul, Elsie, déterminée à éviter l’abattoir, se lance dans un rocambolesque projet de Grande Évasion.

Pour son premier roman, l’acteur David Duchovny détourne la fable animalière avec un toupet irrésistible. Best-seller aux États-Unis, Oh la vache !, signé par le plus célèbre chasseur d’aliens de toute l’histoire télévisée, est l’OVNI littéraire de l’année : une comédie aussi drôle et déjantée qu’un film Pixar, bourrée de clins d’œil, politiquement incorrecte et moins candide qu’il n’y paraît, entre George Orwell et Tex Avery.

David Duchovny écrivain ?
Meuh non !
Meuh si.

La chronique d'alex

Doit-on encore présenter David Duchovny, acteur ultra connu pour ses rôles de Mulder dans X-files ou encore de Hank Moody dans Californication ? Ce touche à tout qui est aussi musicien et réalisateur a fait bien avant la célébrité des études de lettres. Qui plus est dans la prestigieuse université de Yale. C’est donc non sans grand étonnement qu’on découvre qu’il peut écrire et, notoriété aidant, se faire publier. Connaissant le personnage, habitué des excès et sex-addict assumé, on pouvait s’attendre à un premier roman presque autobiographique empreint de cynisme…il n’en est rien puisque le monsieur nous livre une fable animalière audacieuse. Et bien soit !

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Oh la vache ! ou Holy cow ! en version originale nous raconte l’évasion d’une ferme d’Elsie Bovary (vache laitière condamnée à l’abattoir), de Jerry alias Shalom (cochon qui ne veut pas finir en bacon) ainsi que de Tom (dindon voulant échapper à Thanksgiving). Chacun de ces personnages cherchant à atteindre leur « paradis salutaire » au cours de cette fuite. Elsie souhaite aller en Inde, là où les vaches sont sacrées et respectées. Shalom en Israël car les cochons y sont mal vus et donc il ne risque pas d’y être mangé et Tom en Turquie car pour lui il est évident que là-bas c’est son pays (jeu de mot avec l’anglais puisque Turquie se dit Turquey tout comme dindon se dit aussi turquey…). Durant leur périple, ils seront amenés à faires des rencontres inattendues et à se questionner sur la société humaine qui les entoure.

Je dois dire que si au départ j’étais assez amusé par l’originalité de ce roman, je fus très vite agacé et la lecture finit par réellement devenir pénible pour moi au fil des chapitres. En premier lieu et malgré que l’auteur s’en défende (le conteur étant la vache Elsie, elle fait souvent des apartés pour s’adresser directement au lecteur et lui expliquer le pourquoi de certains choix éditoriaux d’oh la vache !), ce roman est moralisateur, trop moralisateur.

C’est un roman qui incite au respect de la nature et des animaux. Un roman dans lequel on sent trop que l’auteur est végétarien et veut nous imposer ses idées au point que cela en devienne vraiment lourd. On se sent assez vite jugé et surtout de manière pas vraiment nuancée. Lourdeur dans la morale de la fable mais aussi lourdeur dans l’humour. Que de jeux de mots ! « Je suis une vache mais il y a pis ! » ; « mais je digresse. Typiquement bovin ça. Digression, digestion ! » Ou encore « Nous autres les vaches, vu qu’on nous envoie paître, on a largement le temps de ruminer »…Et ces jeux de mots animaliers n’ont été relevés que sur les deux premières pages du roman. Dites-vous que c’est ainsi sur deux cent pages incessamment. Si certains arrivent à me faire sourire, j’ai très vite été agacé par ça. Il en va de même pour le cochon Shalom dont le délire juif a très vite ses limites. Son utilisation abusive de termes yiddish pour se donner un genre m’a vite fait haïr son personnage. L’humour se fait plus agréable lorsqu’il devient grinçant comme lorsqu’on voit les mœurs humaines à travers les yeux des animaux. L’utilisation absurde et à outrance de nos téléphones par exemple. Nos contradictions et nos folies sont drôles vues par nos amis les animaux. Mais ça s’arrête là.

Le récit aussi semble étiré pour justifier les deux cent pages. Cette fable aurait pu faire cinquante, voire même cent pages de moins tant certains chapitres semblent inutiles. Quid de la rencontre avec le loup ? De cette inutile promenade dans le quartier juif de la ville ? De cette rencontre avec les rats ? On se demande si tous ces passages s’avèrent utiles à l’histoire et au développement des protagonistes. Les citer à la hâte lors de la conclusion de l’histoire ne justifie pas forcément ces passages. De plus, l’auteur réussit toujours à justifier ses faiblesses dont il est parfaitement conscient en avançant l’argument que ce sont des choix éditoriaux. Des choix voulus par l’éditrice car plus vendeurs. Les incohérences du fait que les animaux ne soient pas démasqués au milieu des humains. Le fait que les animaux ne savent pas vraiment ce qu’est la télévision mais ont une pop culture très dense pouvant citer star wars sans problème. Tout ceci est habillement balayé par l’auteur en écornant le monde de l’édition qui souhaite toucher le plus de lecteurs possibles et voire, qui sait, peut-être en faire une adaptation animée un jour. Malin mais facile comme excuse. Et je ne parle même pas de la manière avec laquelle le conflit israélo-palestinien est survolé et réglé de manière grotesque. Cette partie avec le cochon comme résolution du conflit m’a vraiment consterné tant elle est grotesque. Est-ce pour la farce ? Pour illustrer la bêtise de ce conflit ? Encore et toujours ; trop de lourdeurs et pas assez de subtilités. Tout est trop simple, trop léger dans ce roman.

En bref, si vous souhaitez lire une fable animalière qui se moque du monde humain avec toupet et légèreté, n’hésitez pas à essayer ce roman. Il est court et très vite lu. Mais si vous cherchez un peu plus de contenu construit avec un regard réfléchi et subtil sur notre monde ; ce qu’on est en droit d’attendre d’une fable réussie ; je vous conseille de plutôt passer votre chemin.

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22 réflexions au sujet de « Oh la vache de David Duchovny »

    1. Peut être va-t-il te plaire quand même qui sait. Ce qui est beau dans l’art c’est qu’il est pluriel. Il peut toucher et émouvoir une personne tandis qu’une autre y sera totalement hermétique.

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  1. Oh le beau costard! Donc tu n’iras pas faire dédicacer l’oeuvre à David Duchovny lors de son passage à Paris XD
    (tu vas me dire, tu n’es pas à côté de toute façon)
    En même temps ce que tu en dis ne me donne pas envie de le lire non plus, je crois que ce qui t’agace m’aurait ennuyée aussi.

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  2. Je l’avais sélectionné pour mon challenge 2016 mais, suite à ton avis, j’hésite un peu… Bon, j’ai encore 2 livres en attente plus celui en cours donc, j’ai le temps de me reposer la question! Merci en tout cas!

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  3. Quand j’ai lu le résumé du livre, ça m’a trop donné envie et m’a fait penser à ce que pourrait écrire David Safier. Puis j’ai vu que tu disais que ce roman était très moralisateur et la hype est retombée ^^. A voir à l’occasion donc 🙂

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