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Critique Ciné : Saint – Amour

La chronique d'alex

Saint-amour est le nouveau film des deux trublions de l’émission culte Groland ; les géniaux Gustave Kervern et Benoit Delépine. Ce long métrage nous raconte l’histoire de Bruno, agriculteur, qui va comme chaque année au salon de l’agriculture en compagnie de son père Jean qui, lui, participe au concours du plus beau taureau. Jean voulant se rapprocher de son fils qu’il voit de plus en plus triste et se perdre de plus en plus dans l’alcool décide sur un coup de tête de l’emmener faire une véritable route des vins de France (Bruno s’en faisant une fictive chaque année par le biais des stands de vin du salon et finissant à chaque fois dans un état déplorable). Ils seront alors accompagnés durant leur périple par Mike, chauffeur de taxi, sorte de Don Juan de pacotille tout aussi paumé dans sa vie que les deux précédents protagonistes.

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Le film est un road-movie hexagonal réjouissant, lumineux, hilarant et touchant. Tant d’adjectifs pourraient qualifier cette énième réussite cinématographique issue de l’imagination fertile du duo détonant de ces réalisateurs qui font un bien fou au cinéma français. Ils sont audacieux (comme dans leurs précédents films), n’hésitant pas à nous montrer des images crues et osées, n’hésitant pas à aller très loin dans le mauvais goût et le cliché pour ensuite mieux nous surprendre. Ce film déjoue les attentes. Malgré le minima du travail de l’image dans le film (la mise au point, l’éclairage ; tout semble bâclé ou plutôt délaissé ; peut-être pour coller au côté cru et authentique du sujet) la douceur du film nous transporte. Tantôt drôle à en mourir, tantôt poétique, tantôt grinçant, le film accumule les rencontres et les situations rocambolesques ou désarmantes pour notre plus grand plaisir.

Kervern et Delépine sont connus pour être les cinéastes des petites gens, des oubliés, des laissés pour compte de notre société. Après s’être attardés sur les retraités dans Mammuth puis sur les punks SDF du Grand Soir et après les ouvriers licenciés de Louise Michel ; voilà qu’ils décident de nous dépeindre une autre catégorie de population bafouée, celle des agriculteurs. Terriblement d’actualité. 

On en rit certes, de ces agriculteurs mal habillés, rugueux, perdus et dépassés dans le monde moderne mais on est aussi touchés et attendris par leur situation. La force de Poelvoorde et Depardieu dans ce film est de nous faire traverser un large éventail d’émotions. On ressent la solitude, la détresse des personnages. La difficulté du métier. Le rejet des autres. Poelvoorde se perd dans l’alcool pour nous faire rire mais aussi pour oublier sa condition si âpre et mal considérée de nos jours. Il nous fait passer du rire à l’émotion en quelques secondes quand soudain il se met à pleurer suppliant un peu de tendresse, quelques regards…espérant être simplement considéré. Depardieu n’est pas en reste avec son personnage d’agriculteur retraité ayant perdu sa femme. Il nous émeut en continuant de l’appeler sur sa messagerie pour garder un lien et en se battant du mieux qu’il peut pour aider son fils à reprendre pied. Il campe un homme conscient qu’il lègue à son fils un fardeau dont il ne veut pas car de nos jours être agriculteur est considéré comme une tare. Poelvoorde et Depardieu nous prouvent (pour ceux qui en douteraient encore) qu’ils sont d’excellents acteurs qui savent maîtriser l’humour et l’absurde au diapason et qui savent aussi interpeller notre corde sensible quand il le faut. Leurs colères et leurs tristesses nous paraissent tellement légitimes et authentiques. Connaissant le passif des deux messieurs, on peut comprendre que le sujet leur parle et qu’ils se sentent aussi investis dans la peau de ces protagonistes. Les dialogues parfaits les aident aussi beaucoup il faut dire. Le chauffeur de taxi, Mike, n’est pas en reste. Interprété par Vincent Lacoste, il est un mythomane complètement paumé qui ne dénote pas aux côtés des deux ogres du cinéma avec lesquels il se retrouve à jouer. Très souvent, la caméra s’arrête sur les visages des acteurs en gros plan ; visages sans fards, burinés, meurtris par les vicissitudes de la vie. Et durant ces moments pendant lesquels ils partagent leurs doutes et leurs émotions on peut voir toute leur implication d’acteur et tout leur génie.

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Un film carte postale qui nous donne une image pittoresque de la France, loin du parisianisme, loin du bling-bling…Un film où les rencontres avec des personnages toujours plus loufoques s’enchaînent ( mention spéciale à Houellebecq en maître d’hôte hilarant avec sa mine patibulaire caractéristique)pour le plaisir des zygomatiques…un film magique et émouvant sur l’amour d’un père pour son fils…Un film où l’émotion et le pathétique des situations sont bien appuyés par les compositions très réussies de Sébastien Tellier…Un film qui rend hommage aux agriculteurs, paysans et autres artisans de la terre trop souvent mis à mal ces dernières années. Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce film. J’aurai encore tant à dire mais je ne veux pas écrire un trop long pavé. Retenez que ce film est une merveille drôle et touchante qui s’attarde sur des personnes seules et perdues qui à travers un périple qui fait honneur à notre cher pays se retrouvent et réapprennent à s’aimer entre elles mais aussi à s’aimer elles-mêmes.

Depardieu et Poelvoorde signent une partition magistrale (comme dit précédemment ils vous feront passer du rire aux larmes en quelques secondes) servis par un scénario simple mais béton, une mise en scène épurée mais efficace ainsi que par un message social essentiel. Car ce film n’est pas juste qu’une très bonne comédie burlesque ou un énième film de rapports humains larmoyant ; c’est aussi et surtout un regard acerbe et critique sur nous, sur notre pays et sur la situation indigne avec laquelle nous traitons certains de nos contemporains. Faire passer un message important tout en touchant notre corde sensible et tout en nous faisant rire aux éclats ; voilà la recette d’un grand film.

Coup de coeur

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15 réflexions au sujet de « Critique Ciné : Saint – Amour »

  1. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ton avis donne envie d’aller voir ce film… Le sujet pouvait laisser craindre une comédie un peu lourdingue, mais apparemment il n’en est rien, bien au contraire… Alors pourquoi pas. 🙂

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  2. Ah je suis content de lire ta chronique car j’avais envie de le voir mais j’ai lu beaucoup de critiques mitigées. J’essaie de lui trouver un espace pour aller le voir du coup

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