Films·Les articles d'Alex

Blade Runner 2049 , La Chronique du Renard

Fiche technique (AlloCiné) 

Date de sortie : 4 octobre 2017 (2h 44min)
De Denis Villeneuve
Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto
Genres Science fiction, Thriller
Nationalité  Américain

Enfin! Le film que j’attendais le plus cette année est sorti!!!! Suite inattendue (et pas franchement utile faut se l’avouer tant Blade Runner premier du nom se suffisait amplement à lui-même au point que l’annonce de cette suite frôlait l’hérésie geekesque) et tant crainte, ce Blade Runner 2049 était attendu au tournant.

Avec l’annonce de Denis Villeneuve plutôt que Ridley Scott (ouf!) à la réalisation nous étions déjà rassurés quant à la direction artistique et intellectuelle que prendrait le film.
Cela sentait déjà une volonté de rester dans le contemplatif et le cérébral plutôt que de céder aux sirènes du grand spectacle et de l’opportunité pécuniaire facile.

Qu’en est-il alors de ce film tant désiré par votre cher Renard durant toute cette année 2017?
Et bien en fait , je suis plutôt mitigé…. Non pas que le film soit mauvais. Il est même très bon. Mais je devais certainement trop en attendre.
Beaucoup trop. Mes espérances de voir le premier film balayé par le génie de Villeneuve et la grandiloquence visuelle annoncée, ne furent pas totalement comblées.

Au rang des satisfactions il y a bien évidemment l’aspect visuel du film.
La photographie y est sublime. Les plans ultra léchés. Les décors dantesques; tantôt oniriques, tantôt se complaisant dans une « crasse défaitiste ». Bref, l’aspect visuel de ce Blade Runner est parfait. Une esthétique imparable faisant honneur aux propos du film.
Je trouve cela encore plus beau que dans le premier film et surtout plus intéressant. Car ici l’univers de Blade Runner ne se contente pas d’une simple mégalopole. On explore plus de cette Terre ravagée. Tout respire la poussière, la crasse, la résignation, l’étouffement des masses sous les néons intrusifs, sous les publicités obscènes. Cela pue clairement le futur sombre et désabusé si cher à l’oeuvre de K. Dick.

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Car oui, n’oublions pas que Blade Runner est à l’origine une oeuvre littéraire d’un grand auteur de science fiction pessimiste et visionnaire: Philip K.Dick. Et ce film ne l’oublie pas. Bien plus que le premier même.
Je trouve que dans ce 2049, on trouve énormément d’allusions à l’oeuvre littéraire de base mais aussi à tout l’univers de l’auteur.

Ce film nous plonge dans les turpitudes si chères à l’écrivain qui vont au delà de la simple SF.
Nous perdant entre les rêves et la réalité. Accordant plus d’importance à ce qui est fantasmé, rêvé plutôt qu’au réel. Outrepassant les frontières de la réalité et repoussant les limites de la recherche identitaire, ce Blade Runner nous balade dans l’esprit d’un androïde s’avérant peut-être bien plus humain que les êtres avides qui l’entourent et le dirigent.

Toujours cette question de savoir si les robots ont une âme (à peu de choses près le sens du titre du roman d’origine). S’ils vont surpasser l’homme. Savoir si l’homme est légitime. Si son déclin et son éventuel remplacement n’est pas finalement une bonne chose?

Beaucoup de questions très SF mais de plus en plus pertinentes au fil des années que pose ce film. Sans jamais tomber dans la facilité. En respectant toujours une finesse et un regard non complaisant. Se laissant bercer par les protagonistes (certainement trop parfois).
Et que dire de ce regard acerbe sur le sexe business qui s’est tellement étendu et banalisé qu’il en devient ce qu’il y a de plus malsain? De cette utilisation commerciale abjecte de la solitude des individus dans une société toujours plus autocentrée? Tant de choses à réfléchir, à capter, à assimiler…Dans si peu de dialogues et d’explications.

La force des images et le jeu en nuance des acteurs suffisent à nous déclamer un constat alarmant et désespérant que nous envoie le film à la tronche.
Et que dire du choix de l’acteur principal; Ryan Gosling, pour incarner cette nouvelle mouture de Blade Runner?

Comme dans Drive, il trimballe sa dégaine pas bavarde pour un sou et très peu expressive tout du long de ce film avec ce qu’il faut de subtilité dans son jeu pour ne pas avoir besoin de dire quoi que ce soit pour faire passer ses doutes et ses tiraillements au spectateur.
Et Harrison Ford, faisant limite office de figurant finalement, qui se pose en témoignage vivant de la fragilité de l’existence humaine face à la perfection des androïdes. Son corps vieilli, abîmé, presque maladif soulève alors d’autres questions sur les propos de l’oeuvre cinématographique. Lui qui fut si pimpant et si emblématique dans le premier film semble ici fatigué et désabusé à l’image du restant de l’humanité ayant encore un semblant de lucidité dans ce monde devenu fou.

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Et la musique. La musique!
Elle nous assaille les oreilles, dans un fracas assourdissant nous évoquant cet univers suffocant où l’on se sent constamment oppressé, pris à la gorge. Très pompière, elle remixe astucieusement les magnifiques compositions de Vangelis issues du premier film.
Elles contribuent grandement à appuyer l’ambiance exemplaire du film.
Beaucoup de très bonnes choses donc. Mais quelques petite choses qui m’ont un peu refroidi.

De la pinaillerie, vraisemblablement, mais pour moi qui attendait ce film comme le messie, je me sens le devoir d’énumérer ce qui m’a moins convaincu.
Déjà, le film est très contemplatif. Certainement trop à quelques moments. Si vous avez trouvé le premier lent et mou; fuyez celui-ci.
Tout connaisseur de Villeneuve sait qu’il aime prendre son temps et installer une ambiance avec des mouvements de caméras très lents, des plans fixes pas forcément utiles semblant figés pour l’éternité… Certes, c’est beau, c’est onirique et cela sert le film mais on a l’impression qu’il a voulu tellement magnifier l’âme du film qu’il pousse parfois le bouchon un peu trop loin.
On a parfois l’impression qu’il veut en faire trop et l’on se dit qu’il pourrait accélérer son propos sans que cela soit au détriment du produit.

On a aussi l’impression qu’il a été contraint d’ajouter les quelques pauvres scènes d’action du film sous la pression du studio. Histoire de réveiller le spectateur au milieu de toute cette fable mystico-intelectuelle.
La scène des missiles envoyés depuis le ciel, par exemple, ne sert strictement à rien pour le déroulement de l’histoire et n’apporte rien. Nous sortant même de l’ambiance obscure et mystérieuse dans laquelle le film s’est tant appliqué à nous plonger.

Et je trouve aussi que cet opus manque de scène clé, de scène phare; telle que celle du premier avec Rutger Hauer déclamant un discours formidable avant de s’éteindre. Cette scène s’est inscrite dans mon inconscient au point d’élever Blade Runner au rang de chef d’oeuvre pour moi. Et je n’ai malheureusement pas retrouvé de moment touché par la grâce du Dieu Cinéma dans ce film. Dommage. (Même si la scène très Lynchienne de K retrouvant un objet du passé est tellement magique et oppressante à la fois, nous perdant entre souvenirs et vérités, mettant en doute notre acceptation même du réel; est très proche de ce genre de scène que j’espérais).

Au final, Blade Runner 2049 est une oeuvre dense,lente, contemplative, sublime; qui fait bien plaisir car elle montre qu’on peut encore faire des films de SF intellectuels sans sombrer dans la facilité et la volonté de séduire à tout prix le grand public (coucou « Ghost in the Shell ») et qui présente une esthétique parfaite qui ne tombe pas dans le grand spectacle absurde.
C’est un chef d’oeuvre visuel et technique qui reste un exemple de maîtrise cinématographique et de souci du détail qui confine presque à la folie.

Néanmoins je préfère de Villeneuve son précédent long métrage, Premier Contact. Il semble que l’ampleur de la tâche l’ait forcé à en faire trop ou a trop vouloir respecter « l’essence Blade Runner ».
Reste un film passionnant, ébouriffant et forcément pessimiste et flippant. Une oeuvre faisant honneur au travail littéraire de K.Dick habitée par une réelle intention bien plus artistique que commerciale. Cela fait du bien et cela s’inscrit dans la rétine et l’âme pour un moment.

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