L’allaitement et moi

Article écrit en décembre 2017. 


L’allaitement. J’étais hyper motivée avant d’accoucher. Pour moi c’était une évidence. Je devais le faire. Pour tous les bienfaits qu’il allait lui apporter. (Même si je ne porte absolument aucun jugement sur les mamans qui ont choisi le lait en poudre). Ma fille Maxime est née le dimanche 12 novembre à 3kg440.

DE DIMANCHE À MARDI

J’ai donc commencé à l’allaiter, avec un début difficile puisqu’au début nous n’avons pas de lait mais seulement du colostrum (Le colostrum est le premier lait sécrété par les seins juste après l’accouchement. Ce liquide contient tous les éléments indispensables à votre bébé durant ses premiers jours) La montée de lait arrive entre 48h et 72h après l’accouchement. A la maternité j’ai beaucoup sollicité les sages-femmes, pour être sûre de bien positionner bébé et être sûre qu’elle buvait bien. Malheureusement ma première nuit je suis tombée sur une sage-femme qui n’avait pas envie d’être là et qui m’a dit » Je ne vais pas venir vous voir toute la nuit, il va falloir vous débrouiller« . Je me suis donc débrouillée pour la première nuit de ma fille et bien sûr j’ai fait n’importe quoi. J’ai eu des crevasses dès le lundi qui m’ont fait souffrir, je lui donnais le sein à reculons. Les sages-femmes ne m’ont donné aucune solution pour soigner les crevasses et ma fille buvait mon lait mélangé à mon sang. On m’a juste donné des bouts de seins en silicones pour calmer mes douleurs et surtout pour que ma fille prenne mieux le sein, ça a très bien fonctionné d’ailleurs, j’avais enfin l’impression qu’elle buvait, elle ne s’énervait plus sur mon sein et s’endormait » repue » , en tout cas c’est l’impression que j’avais.

MERCREDI ET JEUDI

Mercredi jour de sortie prévue, Maxime avait perdu trop de poids, elle est passée de 3kg440 à 3kg125. La maternité, pressée de me voir partir m’a donc demandé de lui donner des compléments avec du lait artificiel sans même se demander pourquoi elle ne grossissait pas. Et effectivement le lendemain, elle était remontée à 3kg230 , nous avons donc pu partir de la maternité, mais absolument personne ne nous a donné de consignes pour la suite.

VENDREDI, SAMEDI, DIMANCHE

J’ai donc repris l’allaitement exclusif, mais avec un stress en plus ; celui de mal nourrir mon bébé. A chaque pleurs, à chaque cris, je l’accrochais à mon sein, espérant la faire manger, mais elle ne réclamait pas tant que ça. Je la réveillais toutes les 3h pour lui donner une tétée, mais elle s’endormait sur mon sein. La sage-femme qui m’a rendu visite le vendredi a pesé Maxime, elle avait à nouveau perdu (3kg200), puis elle est revenue le samedi (3kg170), elle m’a proposé d’attendre lundi pour voir si elle ne prenait toujours pas. J’ai passé un horrible week-end, à m’inquiéter pour elle. A penser que j’affamais ma fille. A pleurer. Malgré tout, j’aime allaiter, j’aime ces moments privilégiés passés avec ma fille. Je voulais m’accrocher, continuer, je voulais que ça fonctionne.

LUNDI

La sage-femme arrive, le verdict tombe, 3kg150 ! J’en pleure de désespoir, j’affame complètement ma fille alors qu’elle n’a que 8 jours. Personne ne s’est intéressé à ma façon d’allaiter, personne n’a essayé de comprendre pourquoi elle ne boit pas bien. On m’a proposé de la compléter avec du lait artificiel. Mon manque d’expérience, mon inquiétude et ma peur m’ont fait accepter tout de suite, alors que je tenais tellement à l’allaiter exclusivement. J’aurais voulu avoir les bons conseils, je ne les ai pas eu, au bout de 8 jours « j’abandonne ».

MARDI ET MERCREDI

Elle prend du poids grâce aux biberons de lait artificiel, je commence à beaucoup tirer mon lait pour pouvoir lui donner mon lait en complément et plus du lait artificiel. Mardi elle est a 3kg380 , presque son poids de naissance, j’essaye d’arrêter les bibs. Mais le mercredi après-midi, je passe deux heures avec la petite sur mes seins et elle pleure encore et encore de faim, je craque, je lui fais un biberon et quand je vois tout ce qu’elle boit, je fond en larmes, elle ne boit absolument rien à mes seins. C’est simplement un réconfort pour elle, un câlin , un moment avec maman, mais certainement pas une façon de se nourrir. Je décide donc de devenir » Tire-allaitante ».

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ETRE TIRE-ALLAITANTE

Tire-allaitante signifie ne plus donner le sein, mais tirer son lait pour le donner au biberon. J’avoue que ça m’a soulagé même si je n’avais plus ce contact avec ma fille, elle buvait toujours mon lait, et je voyais la quantité qu’elle buvait. Mais je ne produis pas assez pour pouvoir lui en donner à chaque fois, je dois quand même continuer a alterner avec le lait artificiel. Tire-allaitante demande un gros effort, c’est une situation atypique, nous ne sommes dans aucunes cases. On ne donne pas le sein, mais on ne donne pas du lait en poudre non plus. C’est une grosse organisation puisque pour la stimulation de la lactation il faut tirer son lait toutes les 3-4h à heures fixe (ce qui est presque impossible), donc quand ma fille dort et que je devrais le faire aussi, je tire mon lait pendant 20 min. Je remplis des pots. Je lave le matériel, je range le matériel (10 fois par jour) et je dors enfin.

Voici un petit texte de la Leche League (Site d’allaitement et maternage) dans lequel je me reconnais.

Dans la majorité des cas, les mères qui donnent leur lait autrement qu’au sein ne le font pas vraiment par choix, mais parce qu’elles ont connu des difficultés d’allaitement au démarrage, et qu’elles n’ont pas reçu le soutien et l’information nécessaires pour les surmonter. Tirer leur lait pour le donner au bébé leur a semblé sur le moment la meilleure façon de résoudre ces difficultés.

On pourrait être tenté d’essayer de résoudre leur problème d’allaitement, mais ce n’est pas si simple. Ces mères ont eu une expérience de l’allaitement désagréable, voire traumatisante, et elles ont surtout besoin d’acceptation et qu’on reconnaisse tous les efforts qu’elles font pour le bien de leur bébé. Tirer son lait pour le donner au biberon à l’enfant est souvent plus long et difficile que de mettre l’enfant au sein. Or, bien souvent, les efforts de la mère sont peu reconnus par son entourage, qui ne comprend pas qu’elle « s’embête » à ça, alors qu’il serait tellement plus facile d’utiliser un lait tiré d’une boîte…

Lorsque le « tire-allaitement » est un choix fait par la mère, elle peut se sentir jugée par les professionnels de santé, mal acceptée par d’autres mères allaitantes, et ne pas se voir elle-même comme une mère allaitante.

[…]

Cette perte de la relation d’allaitement, vécue comme un crève-cœur par la mère, sera très souvent considérée par l’entourage comme une broutille en regard des autres problèmes, et la mère ne trouvera probablement aucune oreille attentive prête à l’écouter parler de sa peine. Sa décision de tirer son lait pour le donner à son bébé, afin de « sauver ce qui peut l’être », pourra même, dans certains cas, être considérée avec stupeur, voire avec hostilité. Et son chagrin de ne pas pouvoir avoir une relation d’allaitement « normale » sera généralement totalement incompris.

La mère se retrouve privée de cette relation qu’elle attendait ; elle ne pourra pas vivre les moments de joie et d’apaisement que sont les tétées, consoler facilement son enfant en le mettant au sein… Si, en outre, elle ne peut même pas faire part à d’autres personnes de sa peine par crainte de subir reproches ou moqueries, cela sera encore plus difficile à vivre.

Dans notre société où l’allaitement est encore peu valorisé, et où le lait industriel est considéré comme à peu près aussi bon que le lait maternel, les femmes qui décident d’allaiter pendant plus de quelques mois doivent souvent affronter une pression sociale les poussant à sevrer leur enfant. Cette pression sera encore plus importante sur une mère qui décide de tirer son lait, et d’autant plus si elle le fait longtemps.

Au lieu d’être félicitée et soutenue pour son souhait de donner à son enfant l’aliment de premier choix, elle s’entendra très souvent reprocher d’investir tant de temps et d’énergie à tirer son lait alors qu’il « serait tellement plus simple et tout aussi bien de donner un lait industriel ».

— Allaiter aujourd’hui n° 66, LLL France, 2006

 

 

Ce n’est vraiment pas l’allaitement dont j’avais rêvé, je pense que j’ai été mal informée, je ne sais toujours pas pourquoi ma fille boit si peu à mon sein, je pense que je ne le saurais jamais. Je suis très fatiguée, le tirage pour l’entretien du matériel, plus tout le reste me prend beaucoup de temps et d’énergie. Et en plus, fini pour moi ces moments privilégiés avec ma fille. Même si de temps en temps quand elle pleure beaucoup , je la mets au sein pour l’apaiser, ce n’est plus pareil. Je pense qu’elle ressentait beaucoup mon stress de ne pas la nourrir assez aussi, plus la fatigue et la peur, je transmettais tout ça à Maxime. Abandonner n’a pas été facile, mais psychologiquement je me sens tout de même mieux, je peux enfin la voir manger à sa faim et grossir. Je peux déléguer le biberon à mon Renard et j’aime beaucoup aussi lui donner le biberon, même si c’est différent. Mais au fond de moi je jalouse tellement ces mamans chez qui ça fonctionne tout de suite et sans encombre. Celles qui sont épanouies et allaitent pendant des mois sans problème. Mais je fais ce qu’il faut pour mon bébé, et c’est le plus important.

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